Modibo Sidibé veut récupérer l’instrument d’ATT
mercredi 16 janvier 2008 par Assane Koné
Depuis les élections générales dernières le mouvement citoyen a été confronté à des convulsions internes et des tentatives de mue en parti politique. Cette rencontre avec le premier ministre semble donner une nouvelle vie à l’association dont certains responsables ont été déçus et révoltés contre ATT au lendemain de la constitution du nouveau gouvernement . La récupération politique de l’outil d’ATT par son Premier ministre Modibo Sidibé dont on parle beaucoup à Bamako est-elle entrain de se révéler au grand jour ?
Annoncé pour mort depuis la mise en place du dernier gouvernement, le mouvement citoyen vient de prendre du poil de la bête. L’association politique dédiée au soutien du Président Amadou Toumani Touré a été reçue hier soir par le premier ministre Modibo Sidibé. Immédiatement, après cette rencontre à la primature, le comité exécutif national du mouvement citoyen (CENA) au grand complet s’est donné rendez-vous à son siège. A l’issue de cette réunion du CENA, il a été décidé de se remettre au travail et de redynamiser toutes les structures du mouvement dans le pays et à l’extérieur du Mali. Mais, à quelle fin ? Quand on sait que le Président ATT est à Koulouba pour son deuxième et dernier mandat, cette question à tout son intérêt.
« Contrairement à ce qui se dit dans les salons feutrés de Bamako, le mouvement citoyen n’est pas mort. Dans les jours à venir, il va surprendre plus d’un par son dynamisme et sa capacité de mobilisation exceptionnelle ». Telle est la conviction d’un responsable de l’association politique qui a été créée en 2002, à la faveur des élections présidentielles pour soutenir le candidat indépendant Amadou Toumani Touré. Il a indiqué que la rencontre avec le premier ministre est un signal fort de nature à rassurer tous les citoyens maliens qui ont choisi de militer dans les rangs du mouvement citoyen pour soutenir le Président Amadou Toumani Touré à visage découvert.
Il faut le dire, parmi les regroupements politiques ou associatifs qui ont soutenu la candidature d’ATT, en 2007, pour son deuxième mandat, le mouvement citoyen, a été le moins récompensé. Il n’a obtenu qu’un seul portefeuille ministériel, notamment, celui du ministère de l’équipement et des transports occupé par Ahmed Diane Séméga. Cela a été perçu par plusieurs Maliens et surtout par les militants du mouvement citoyen comme une trahison.
« Nous nous sommes battus pour ATT et pour le Mali, mais nous n’avons pas été récompensés à la hauteur de notre engagement », nous disait, au lendemain de la mise en place du gouvernement, un animateur à la base du mouvement citoyen en commune VI du district de Bamako. Malheureusement, cet avis était partagé par la grande majorité des amis d’ATT qui, comme des prébendiers, s’attendaient à la plus grosse part du « gâteau Mali ». Déçus pour certains et révoltés pour d’autres, mais tous avaient commencé à baisser les bras dans leur soutien actif au Président de la République.
Le CENA n’arrivait même plus à se réunir et le mouvement citoyen partait à vau-l’eau. S’il nous est parvenu que le premier ministre a rencontré les députés de l’opposition, à travers les groupes parlementaires RPM et Parena-Sadi, Modibo Sidibé pourrait difficilement convaincre les Maliens que sa rencontre avec les responsables du CENA du mouvement citoyen s’inscrit dans ce même cadre.
Si en lieu et place du CENA du mouvement citoyen, il avait rencontré les députés indépendants, sa démarche pourrait se justifier. Mais, en décidant de rencontrer le CENA du mouvement citoyen, le premier ministre vient de se faire rattraper par les reproches de l’opposition lors de la présentation de sa déclaration de politique générale (DPG). On se souvient que l’opposition avait estimé que le premier ministre et le président de la République avaient un mépris notoire pour les partis politiques, pour la simple raison que nulle part dans la DPG, allusion n’a été faite aux partis politiques. Là où les partis politiques ne sont pas conviés à une audience, la présence du CENA du mouvement citoyen est suspecte et de nature à susciter plusieurs interprétations.
Est ce à dire que le premier ministre ne fait pas trop confiance à la majorité mécanique dont il dispose au niveau du parlement ? Ou, dans le souci de réparer ce qui est perçu par bon nombre de ses compatriotes comme une trahison, ATT aurait imposé à Modibo Sidibé, d’assurer la fonction de catharsis avec le CENA du mouvement citoyen. Tout compte fait, il a suffi de l’annonce de l’audience que le premier ministre Modibo Sidibé accordait à la nébuleuse politique pour que les amis d’ATT retrouvent leur ardeur de combattant.
Si rien n’a filtré de l’ordre du jour de cette rencontre, tout porte à croire que le premier ministre s’est décidé à mettre les amis du Président de la République en selle. Dans une démarche purement politique, il leur a signifié qu’il aura besoin de leur soutien pour la mise en œuvre du programme de développement économique et social (PDES) qui, selon lui, est leur émanation à plus de 50%.
Au cours de cette rencontre, il a aussi été tenu, le discours du genre : « vous êtes les vrais amis d’ATT, donc vous êtes mes amis et je compte sur vous plus que sur tout autre regroupement politique pour réussir ma mission ». Mais, tout compte fait, cette audience a eu l’effet d’une bombe magique sur les membres du CENA du mouvement citoyen. Sortis de la primature avec le sourire aux lèvres, ils se sont directement dirigés vers leur siège, sis en zone ACI-2000, pour une réunion.
Et c’est au cours de cette rencontre qu’ils ont pris la décision de redynamiser les structures de la nébuleuse au Mali et à l’extérieur. Cela vise trois objectifs : constituer une véritable force de soutien aux actions et activités du premier ministre Modibo Sidibé, mobiliser les militants en prévision des élections municipales de 2009 et ratisser large pour la mise en place des structure du nouveau parti dénommé, Force citoyenne démocratique (FCD), qui doit sortir des côtes du mouvement citoyen pour pérenniser les actions du Président ATT.
On souvient qu’en septembre 2007, Djibril Tangara, le plus fidèle lieutenant du général Amadou Toumani Touré, avait arpenté les couloirs de l’administration malienne pour se faire établir le récépissé d’une nouvelle formation politique, la FCD. A l’époque, cet acte courageux de l’ancien ministre du développement social qu’est Djibril Tangara, avait fait couler beaucoup d’encre et de salive.
Pour la simple raison qu’en arrivant à Koulouba pour son premier mandat, ATT avait déclaré qu’il n’allait jamais créer un parti politique. La création de la FCD par son plus fidèle lieutenant avait été interprétée à l’époque par plusieurs de nos compatriotes comme une volonté affichée par les amis d’ATT de se prendre en main, après lui avoir assuré deux mandats présidentiels. Il faut dire que les amis d’ATT sont de plus en plus convaincus que si rien ne venait perturber le dispositif constitutionnel actuel du pays, dans un peu plus de 4 ans, il devra rendre le tablier à un autre Président élu par le peuple malien.
Dans ce cas, si tout marche bien, il pourra s’offrir une belle transition, à la tête d’une institution internationale ou de sa fondation pour l’enfance, en attendant sa retraite. Mais, ce jour là que deviendront la plupart des « citoyens en mouvement », dont plusieurs sont devenus de grands responsables de l’État à la faveur de leur accointance avec ATT ?
Avec les deux mandats d’ATT, les responsables du mouvement citoyen (dont la plupart avaient flirté avec les cercles politiques sans succès) auront eu le temps de faire la politique pendant 10 ans, sans en être des acteurs légaux. Cette habitude acquise pendant ces années ne sera pas facile à abandonner. Et la logique aurait voulu qu’ils se dotent d’un appareil politique qui pourrait assurer leur survie sur la scène politique malienne après le départ d’ATT de Koulouba.
Si à l’époque, l’acte de Djibril Tangara n’était pas du goût de tous les responsables du mouvement citoyen, aujourd’hui, il semble qu’un consensus est fait sur la création d’un parti politique, en marge du mouvement citoyen. Et le regroupement qui doit mettre en place les structures de cette nouvelle formation ne saurait tarder. Le CENA s’apprête à convoquer une réunion spéciale pour définitivement arrêter cette date annoncée depuis des mois et qui tarde à venir.


