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Premier accrochage Office du Niger – paysans, malgré les 2 milliards débloqués pour les engrais

L’initiative riz tangue

jeudi 26 juin 2008 par Zakaryaou FOMBA

Cette initiative, à tout de point de vue salutaire, commence dès maintenant à marquer le pas. Pour cause, juste après son lancement tambour battant, des difficultés majeures pointent déjà le nez.

Au nombre de celles – ci, la divergence de vue entre l’office du Niger et les producteurs de la zone au sujet des aménagements demandés par le premier au second, condition sine qua non pour ces derniers de disposer du sac d’engrais à un prix moindre ; mais aussi les difficultés d’approvisionnement de la zone en engrais et semences.

Le retard que prend petit à petit l’hivernage vient compléter le tableau.

Bref, sans pour autant tomber dans le pessimisme béat, c’est le doute qui se substitut petit à petit à la certitude. Et c’est d’un ton plus tempéré que les paysans se prononcent sur la réussite de l’initiative riz pour la campagne 2008-2009. Ambitieux par son contenu et le contexte dans lequel il a été lancé, l’initiative riz est le premier grand défi que s’est lancé le gouvernement Modibo Sidibé. Toutes choses qui témoignent l’accompagnement du gouvernement par les institutions financières de la place et les populations dans le cadre de sa réalisation. L’objectif majeur de l’initiative est la production, au terme de la campagne agricole 2008-2009, de 1. 618. 323 tonnes de riz paddy.

Est-ce possible, s’interroge t-on de l’autre côté de la barrière. Bonne interrogation, surtout pour qui sait que des indices peu luisants placent déjà la réalisation de ce projet dans le lot des missions jugées particulièrement compliquées. Les raisons : Office du Niger : l’aménagement des superficies pour le sac d’engrais à coût bas C’est clair que la réussite de l’initiative riz passe forcement par la mise à la disposition des producteurs de l’engrais de qualité, en quantité, à un prix abordable et à une période raisonnable.

A l’office du Niger, pour le moment, une solution est envisagée.

Celle – ci, si elle est bien exécutée à le double avantage d’augmenter les superficies cultivables mais aussi de donner l’engrais aux producteurs à moindre coût. Cette solution est la suivante : céder le sac d’engrais à la somme de 12 500 f CFA à condition que les producteurs aménagent leur superficie qui sera donc revue à la hausse (agrandir les terres cultivables). Mais, il y a problème. Cette solution, les paysans n’en veulent pas. Du moins, ils la jugent impossible à réaliser. Ils avancent leurs raisons.

Selon des paysans contactés par notre représentant à Niono, à l’heure actuelle il est impossible de faire un quelconque aménagement sur les superficies, parce que les travaux champêtres ont déjà commencé. Aux dires de ce paysan, présentement, les champs sont déjà gorgés d’eau et les repiquages ont commencé. Si les champs sont gorgés d’eau, comment est ce possible de les aménager, sachant bien que les machines prévues pour faire les travaux d’aménagements ne peuvent pas se déplacer dans les champs pleins d’eau, au risque non seulement de s’embourber mais aussi et surtout de détruire tout ce qui a été fait comme travail.

Alors, les paysans proposent à l’Etat d’accepter de faire des sacrifices en donnant le sac d’engrais à coût bas, tout en gardant l’espoir que bon usage en sera fait dans le cadre de l’initiative riz.

Est-ce l’option du gouvernement ?

Tout compte fait, de sources concernées nous apprennent que le gouvernement, via la banque nationale pour le développement agricole (BNDA), a débloqué la somme de 2 milliards CFA pour les besoins d’engrais des paysans. Mais attention, seuls les paysans organisés en Associations Villageoises peuvent prétendre à cette faveur.

Combien sont –ils ? Ceci n’est pas sans rappeler qu’à l’office du Niger, l’inquiétude est grande quant à la réussite de l’initiative en cela que les engrais, censés être mis à la disposition des organisations paysannes et des producteurs au plus tard le 8 juin, se font encore attendre.

Il en serait autant pour les semences qui, selon de sources proches, ne seraient pas encore disponibles à ce jour. Raison : les missions de prospection et d’achats de semences de NERICA envoyées en Guinée et en Gambie depuis la fin du mois de mai, seraient revenues sans grand résultat. Voilà toute une série de raisons qui a poussé ce producteur de la zone de Molodo a déclaré : « nous sommes d’accord avec l’initiative riz mais faire plus d’un million de tonnes de riz à la campagne 2008 – 2009 est une ambition démesurée. Même si c’était possible, il nous fallait au moins le temps de nous préparer avec les moyens adaptés ». Au sujet de moyens, c’est vrai que l’Etat a déjà donné le ton en mettant 80 motoculteurs à la disposition de 6 zones de productions - M’Bewani, Molodo, Niono, N’Débougou, Dogofri et Krouna – mais est- ce suffisant pour faire plus d’un million de tonnes de riz ?

Cela est la question que nous a posé un producteur de M’Bèwani. En voyant de près cette initiative du PM, il est malheureux qu’elle a été décidé dans la précipitation mais qu’elle manque aussi de pertinence, surtout en ce qui concerne son exécution et les résultats attendus. C’est bien que les partenaires financiers ont accepté d’accompagner l’initiative avec plusieurs milliards de nos francs, mais ce n’est pas seulement les milliards qui vont faire le travail, plusieurs autres paramètres entre en jeu.

En tout cas, au rythme où évoluent les choses, il est à craindre que l’initiative riz ne se transforme en un projet creux du gouvernement, s’il n’en est pas un, histoire de tromper la vigilance des Maliens.


 

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