« Quand la mémoire va chercher du bois, elle ramène le fagot qui lui plaît. »
mercredi 26 mars 2008 par Ibrahima KOÏTA
ATT l’a expliquée très simplement, rappelant qu’en 1991 il était jeune, quand il prenait ses responsabilités devant la nation, ajoutant qu’aujourd’hui plus que jamais, loin de toute lassitude et de tout défaitisme, il est au service du pays et de la jeunesse. Les gens ont interprété ces propos comme ils veulent, a dit ATT, citant le proverbe rwandais selon lequel « quand la mémoire va chercher du bois, elle ramène le fagot qui lui plaît. »
L’école, l’Université
A cause de l’école, ATT affirme qu’il a perdu le sommeil.
Il répondait ainsi à un étudiant qui déclarait que la rentrée, prévue en octobre, n’a eu lieu qu’en février. Un autre reconnaissait que le niveau des élèves et étudiants maliens, autrefois honorable dans la sous-région, est aujourd’hui déplorable, ce qui expose notre pays à être l’un des plus « mal gérés » quand l’actuelle génération scolaire sera aux commandes. Cette école publique court à l’année blanche, n’ayant d’ailleurs pas fait une seule composition. C’est tout le sens de l’appel récent du Premier ministre, a répondu ATT, qui chiffres et faits à l’appui, déclare que beaucoup a été fait, et qu’il convient de poursuivre l’effort, avec le soutien des partenaires, pour sauver l’école publique, qui est la voie par laquelle la nation a formé sa jeunesse, avec en vue un taux de scolarisation de 100% à l’horizon 2025.
En ce qui concerne l’Université, on a peut-être mis la charrue avant les bœufs, a reconnu le Président, sans accuser personne, lorsqu’on a créé, un peu trop hâtivement peut-être, cette université, qui compte aujourd’hui 50 887 étudiants. L’Etat s’emploie à la décongestionner, avec l’inauguration, dans les prochains jours, de deux nouvelles facultés, qui lui ont coûté 4 milliards. 20 bus flambants neufs sont mis à la disposition des éltudiants.
Si les niveaux sont très bas, a déploré ATT, c’est parce que pendant 10 ans, les PAS (Programmes d’ajustement structurel) ordonnés par on sait qui (bè b’i yèrè don, dira ATT, en bambara, refusant de nommer les deux bailleurs de fonds en cause, la Banque mondiale et le FMI), ont interdit toute nouvelle création d’école de formation de maîtres, pour des raisons de maîtrise de la masse salariale. Mais tout le monde a sa part de responsabilité dans cette affaire, dira ATT : parents d’élèves, élèves et étudiants, enseignants, Etat.
L’emploi et l’émigration
La jeunesse, ce n’est pas que le sport, s’est plaint un intervenant, qui a suggéré de scinder l’actuel département en deux ministères bien distincts ou de créer un commissariat qui s’occuperait des questions relatives à la jeunesse, notamment l’emploi.
A quoi ATT a répondu qu’il accueillait favorablement la suggestion.
La nomination du doyen Iba Ndiaye est, pour lui, une façon de répondre à ce souci, vu l’importance de la jeunesse (70% de la population ayant moins de 35 ans), qui héritera de la nation dans une dizaine d’années, ce qui a fait dire à ATT que le ministre de l’Emploi et de la formation professionnelle (donc des jeunes) est un véritable vice-Premier ministre. Dans le domaine de l’emploi, ATT a annoncé la loi d’orientation du Secteur privé, visant à renforcer le rôle de créateur d’emploi de celui-ci, car l’Etat n’a pas vocation à assurer directement l’emploi. En la matière, il faut aussi encourager l’auto-emploi. Il s’est engagé à débloquer le financement promis à certains jeunes à la BRS pour des projets de création d’emplois. L’APEJ, c’est une technique pour assurer une première expérience dans le travail, fort utile pour faciliter l’embauche. Il faut à coup sûr revoir les filières à l’université, pour qu’on cesse d’avoir 50% d’étudiants en droit, au détriment de filières techniques plus probantes pour l’emploi. Dans tous les cas, ATT rappelle que, quoi qu’il arrive, il exécutera le programme d’embauche de 50 000 jeunes pendant le mandat en cours. Quant à la présence des jeunes dans le gouvernement, le président de la République fera remarquer qu’on a besoin aussi de compétence avérée et d’expérience au sommet de l’Etat, même si les membres du gouvernement ne sont pas si vieux !
En ce qui concerne l’émigration, pour ATT, elle n’est pas forcément une mauvaise chose, si le migrant peut accumuler à l’étranger une expérience à investir au pays. Les seuls émigrés de la région de Kayes envoient entre 80 et 120 millions d’euros chaque année, a-t-il noté, rendant au passage un hommage appuyé au courage des travailleurs saisonniers, garçons et filles, de l’exode rural interne vers la capitale et les grandes villes. Entre le tout humanitaire revendiqué par certains et le tout sécuritaire par lequel l’Union européenne lui répond, il faut trouver un moyen terme salutaire, a dit le chef de l’Etat. Un accord vient d’être signé dans ce sens avec l’Espagne : des visas pour aller travailler et revenir seront accordés aux jeunes migrants.
De jeunes Maliens nés en France sont revenus s’installer au Mali pour créer leur entreprise, et leur témoignage a paru encourageant à l’assistance, qui a écouté avec attention ces jeunes immigrés en sens inverse. Pour le retour au pays, ont lancé ces jeunes gens à ATT, « aidez-nous à vous aider ! » ATT n’a pas, pendant les 40 minutes de l’émission, pu aborder le problème du sida, un fléau qui frappe surtout la jeunesse et auquel l’Etat malien s’attaque avec la dernière vigueur, créant des conditions de lutte contre le mal dignes de louange.
Après le départ de Juan Gomez, a promis ATT, on reviendra sur les problèmes d’emploi de la jeunesse qui sont largement pris en compte par le PDES, lequel, décidément, a-t-il reconnu, doit être vulgarisé auprès de l’ensemble de la population.
C’était la première fois que la célèbre émission de RFI recevait un chef d’Etat, et face à un public de jeunes, ce qui n’est pas pour faire reculer un ATT, qui affirme au contraire avoir accepté sans hésiter, justement pour cette raison.


