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Quand le médecin-chef détourne le ministre du cadre de sa visite

HÔPITAL DE MARKALA

jeudi 9 octobre 2008 par Abdoul Karim Maïga

Mais l’étape de Markala n’a été qu’une promenade de santé pour notre ministre qui n’a pas eu le temps de visiter les locaux par la faute d’un médecin-chef qui n’en tirerait que des ennuis.

Ayant fait la fierté des populations de Markala et environs pendant plus d’un quart de siècle, l’hôpital de Markala de nos jours est en deçà des espérances. Les populations qui pensaient avoir un regain d’espoir avec la visite du ministre devront attendre encore. Venue nuitamment à Markala, la délégation du ministre n’a pas eu le privilège de visiter ce simulacre d’hôpital.

Le médecin-directeur, Dr. Fayinké, est parvenu à détourner le ministre de sa visite. Lui qui était venu pour s’enquérir des difficultés dont souffre l’hôpital, n’est finalement pas parvenu à les connaître. Car, il devait se contenter du contenu feutré du discours du Dr. Fayinké et du tintamarre organisé à cet effet.

En réalité, l’hôpital souffre d’un manque criard de médecins spécialistes. La rigueur au niveau de l’hôpital n’est plus de mise. Les populations ne savent plus à quel saint se vouer. Les cas d’urgence sont rapidement évacués sur Ségou, contrairement à l’époque où c’est Ségou qui sollicitait Markala. L’hôpital est rempli de bénévoles qui tentent de dicter, à l’occasion, leurs lois. Ils sont pour la plupart des neveux ou des nièces des responsables de la mairie et sont là grâce à une bonne entente entre le directeur de l’hôpital et les responsables municipaux. A la Maternité, c’est le comble.

Là, les femmes enceintes ou en travail ne sont traitées que selon la personnalité de leur époux. Les sages-femmes ne s’occupent correctement d’elles que dans la seule mesure où elles sont persuadées qu’elles peuvent obtenir quelque chose en contrepartie. La radiographie, qui constituait la fierté de l’hôpital, n’est plus fonctionnelle depuis des mois.

Le personnel chinois, qui donnait gratuitement les médicaments aux patients ne le fait plus. Ces médicaments sont maintenant destinés à la vente par l’entremise de certains de leurs collaborateurs maliens. Les Chinois d’aujourd’hui travaillent moins que leurs prédécesseurs qui mettaient leur honneur à soigner les malades. Ils travaillent très peu et même en deçà de la réglementation. Ils montent généralement à 8 H pour descendre à 11 H 30 tous les jours ouvrables.

A l’hôpital de Markala, une nuit de garde signifie montant empoché par le personnel de garde, lequel n’a pas souvent la qualification requise pour remplir cette fonction. Les médicaments des malades sont parfois détournés.

A la Pédiatrie, les mines sont toujours sombres. Les parents qui, sont souvent sous le coup du choc de la maladie de leurs rejetons, paniquent facilement au chevet de ceux-ci. Ces hommes et ces femmes qui ont besoin d’être ménagés ne pourront jamais l’être à la Pédiatrie où Thiéro et sa suite n’en font qu’à leur tête.

Pour les vaccinations pré ou post natales, l’on assiste à un désordre total au niveau du dispensaire. Le service est rendu suivant le rang du mari ou du tuteur.

Dans les registres de l’hôpital, on peut facilement s’apercevoir que le nombre de consultations diminue chaque jour. Les patients sont attirés par le centre de santé communautaire de la localité, dirigé par un ancien de l’hôpital de Markala en la personne de Assoumane Touré. Le CSCOM doit cette affluence à un bon accueil et à une bonne prise en charge des malades. L’autre salut des populations de Markala se trouve du côté de l’infirmerie des Ateliers militaires centraux de Markala (AMC). A Markala, les travailleurs de cette infirmerie ont bonne presse, ce qui explique l’affluence à laquelle elle fait face de nos jours.

L’hôpital et le lycée faisaient, autrefois, la fierté de toute la Quatrième région. Cela n’est désormais qu’un souvenir, s’agissant de l’hôpital, un passé qui doit servir de motivation pour Fayinké et son équipe pour jeter les bases d’un hôpital plus crédible et dévoué au service public. En effet, la présence d’un Hôpital performant dans la localité lui a valu une grande réputation.

De brillants médecins sont passés par là.

L’hôpital a connu des médecins et des infirmiers de talent qui avaient fait de la santé un sacerdoce et qui mettaient les patients au cœur de leurs préoccupations. Leurs noms sont gardés dans les mémoires : feu Dr. Bakary Coulibaly, Dr. Soumounou, Dr. Sissoko, Dr. Bengaly et des infirmiers d’Etat hors pair à l’image de Assoumane Touré et de Moussa Maïga, entre autres. A côté du personnel malien, évoluaient des Chinois venus dans le cadre de la coopération entre le Mali et la République populaire de Chine. Parmi ces Chinois, on retrouvait des chirurgiens, des spécialistes en acupuncture et dans divers domaines de la santé.

En conséquence, l’hôpital de Markala avait une réputation nationale.

Malheureusement, depuis quelques années, l’hôpital de Markala est tombé dans l’anarchie totale. Il est loin de refléter l’image de cet hôpital qui recevait des patients de toutes les régions du Mali.

Désormais, le salut des populations est lié à une décision ministérielle.


 

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