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Que signifie au juste le sacerdoce de l’enseignant ?

FORUM SUR LECOLE

dimanche 10 août 2008 par Ibrahima KOÏTA

On se souviendra du lien fort entre école et politique, qui amena l’Etat à rendre cette dernière obligatoire comme une mesure de salut public. Il semble, hélas, que ce soit, cette fois, des politiciens qui se servent de l’école, plus précisément des « syndicats » d’élèves et d’étudiants ou des « parlements » d’enfants pour imprimer à l’école la direction voulue. Il serait plus juste de reconnaître ce rôle à l’école rurale, qui voulait apprendre à produire le mil. Les directeurs d’école pleuraient quand on renvoyait un élève.

L’enseignant, notamment dans sa fonction de correcteur, est le régulateur et le vrai juge de la société, celui qui permet de passer en classe supérieure ou d’être renvoyé, d’avoir la bourse ou de passer au concours de la fonction publique, donc, finalement, d’être nommé à tel ou tel haut poste de l’administration et de décider des destinées du pays dans une part importante.

Malgré leur effrayant passé de colonisateurs, on a parfois envie d’avoir des blancs, c’est-à-dire des hommes neutres, à ces postes : l’Intérieur, la Magistrature, l’Armée ou la Police, qui sont la force morale et la force de frappe de l’Etat : on dit qu’entre Hutus et Tutsis, dans ces pays marqués par le premier génocide après celui d’Hitler, ils étaient scrupuleusement partagés. Les enseignants étaient bien accueillis par les villageois pour qu’ils forment bien les enfants, et c’est dans l’enthousiasme qu’ils construisaient leurs logements.

Cependant les directeurs pleuraient quand un enfant était renvoyé, car l’honnêteté empêchait de le reprendre. Cette mission de l’enseignant apparaît comme un sacerdoce, s’il est vrai que le prêtre, c’est celui-là qui se sacrifie pour le bonheur et l’équilibre de la société. Mais, tout comme le prêtre, l’enseignant ne fait pas forcément vœu de pauvreté !

Les vieux méprisés ou les jeunes choyés ?

Aujourd’hui, des théoriciens des sciences de l’Education interdisent de renvoyer l’enfant qui n’a pas eu la moyenne et de chercher à tout prix à le sauver d’un échec traumatisant, oubliant qu’il n’y a rien de honteux à aller travailler la terre en apprenant l’agriculture en bambara, l’élevage en peul ou le commerce en soninké.

Le résultat de cet humanisme scientifique, de cet altruisme est de légitimer et de perpétuer le règne de la Banque mondiale qui, aujourd’hui, envoie des milliards pour payer bourses et salaires, dont une bonne partie va dans les poches –est-ce un hasard ?- de l’administration scolaire, la plus riche de toutes ces dernières années.

Les Nkoïstes (lettrés locaux écrivant avec l’alphabet malinké « nko ») ne disent-ils pas que c’est le stagiaire qui doit payer et non le bailleur de fonds, qu’il y aurait, dans ce cas, anguille sous roche ?

Quant aux vieux, ils ne sont plus que les détenteurs de l’ignorance et de la superstition, chassés pour cela des commandes de la société. Qu’on se souvienne pourtant que le mil, leur richesse, qu’on avait, selon Seydou Badian (dans son roman Sous l’orage ), méprisée, est aujourd’hui, en cette période de disette mondiale, à nouveau un bien fort précieux.

Que veut-on alors, sinon faire de nous une pâte à modeler pour les enfants ?


 

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