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Répit ou recul... ?

Ibrahim Ag Bahanga s’établit en Libye

mardi 21 octobre 2008 par Bruno D.S.

Un acte plein de sens tant pour le bandit en chef que pour ses hôtes libyens.

Ayant conduit de mains fortes et criminelles le mouvement de grand banditisme qui a fait, depuis plusieurs mois, beaucoup de mal à notre pays, Ibrahim Ag Bahanga aura longtemps tergiversé entre l’option pacifique et l’intransigeance belliqueuse.

C’est ainsi que le cessez-le-feu entre les troupes de l’armée malienne et les maquisards de Tinzawaten, sous la direction de Bahanga, aura été rompu à plusieurs reprises, sous l’initiative des rebelles touaregs.

Cela a donc entraîné, dans la zone de Kidal et dans ses environs, un climat quasi-permanent de guérillas, meublé de poses de mines antipersonnelles et prises d’otages à répétition.

Mouammar Kadhafi, plus protecteur ?

Le mouvement revendicatif et meurtrier de Bahanga et de ses sbires ayant pris naissance depuis le 23 mai 2006, la recherche de solution pacifique, pour laquelle les autorités de Bamako avaient opté, ne pourrait se poursuivre que dans le cadre de l’accord d’Alger de juillet 2006.

Or, aucun protagoniste de la crise ne pouvait ignorer le rôle que devrait jouer la Libye du Frère Guide Mouammar Kadhafi, dans sa résolution.

Faut-il rappeler que depuis le 10 avril 2006, à l’occasion de la fête du Maouloud, célébrée en grande pompe à Tombouctou, le guide de la révolution libyenne avait déjà mis en place la fameuse "grande association des tribus du grand Sahara" (composée essentiellement de Touaregs).

Selon plusieurs observateurs, c’est dans le cadre de cette "association" que Bahanga a commencé par s’agiter lors des rencontres secrètes qu’il avait eues avec les représentants et autres émissaires de Kadhafi, dépêchés dans le Nord-Mali.

Dès lors, après avoir été contraint à libérer les otages qu’il détenait, sous la pression du président Abdal Aziz Boutéflika d’Algérie, Bahanga se sent-il menacé par ses frères, pour demander refuge à Tripoli ? Tout porte à le croire.

En outre, comment peut-on comprendre que Bahanga et ses amis désertent de Kidal et Tinzawaten, avec armes et bagages, au moment où le gouvernement malien s’applique dans la mise en œuvre des accords d’Alger ?

En clair, on comprend mal que des gens qui ont pris des armes pour, semble-t-il, se battre pour le développement de la région de Kidal, « abandonnent les lieux », au moment où les bailleurs de fonds et le gouvernement malien s’apprêtent à y lancer divers chantiers de développement. Qui a dit que Bahanga et ses amis se battent pour une noble cause ?

A en croire plusieurs dignitaires touaregs, le chef de l’Alliance du 23 mai pour le changement, ne maîtrise plus les données au sein de ses hommes.

Avec la libération des derniers otages (il ne resterait que quatre officiers de l’armée, détenus) les anciens combattants démobilisés auraient le moral au talon ; surtout que les promesses mirobolantes qui leur avaient été faites, sont loin d’être satisfaites.

Or, la générosité légendaire du guide libyen pourrait, de sources concordantes, payer. Histoire de mieux "indemniser" quelques brebis galeuses qui ont joué le jeu de troubles-fêtes dans Kidal et Tinzawaten.

Le désamour algéro-libyen… En plus de la question sécuritaire et de menaces pour sa vie, Bahanga est également en train de récolter les fruits des graines de la discorde qu’il a semées entre les deux grands voisins du septentrion malien : la Libye et l’Algérie.

En effet, le courant ne passe toujours pas très bien entre la diplomatie du pays du président Abdel Aziz Bouteflika et celle de la Grande Jamariya Arabe libyenne. L’on se rappelle des visées de "Haut médiateur" du guide libyen qui, lors de récentes rencontres de rapprochement entre rebelles maliens et nigériens, s’est fait l’homme le plus à même de résoudre le problème touarègue de ces deux pays.

Dans ce sens, en août dernier, Bahanga, se faisant représenter lors de ces discussions à Tripoli par son pair rebelle nigérien, Aghali Alambo, avait clamé devant le diplomate algérien Abdelkrim Gheraïeb que « seule la Libye est en mesure de résoudre le problème de la rébellion touarègue ».

Ce fut le début d’un coup de froid dans les relations entre Algérie et la Libye, dans la gestion de ce conflit.

Or, le président Bouteflika n’avait point manqué de fermeté en réaffirmant haut et fort la souveraineté du Mali à définir lui-même, les zones de cantonnement des fameuses unités spéciales, aux termes des documents signés à Alger. Ces circonstances ont-elles fini par pousser Bahanga dans les bras de Kadhafi ? Tout semble l’indiquer.

Par ailleurs, fort de l’influence réelle (surtout dans le domaine économique), de la Libye sur Bamako, Ibrahim Ag Bahanga s’est finalement convaincu qu’en ces temps de décrispation, il n’a pas meilleur allié que le dirigeant libyen.

Nul n’ignore aujourd’hui en effet, le poids économique des investissements libyens à Bamako et dans d’autres régions du Mali. L’ambassadeur Al Margouri de la Libye à Bamako, ne disait-il pas récemment que son pays saura faire tous les "sacrifices" pour préserver l’intégrité du territoire malien ? Le frère guide vient encore une fois de donner la preuve que, les intérêts des "grandes" nations (qui se défendent par des "sacrifices") ont du prix à ses yeux et à ceux de la communauté internationale, avec laquelle il s’est réconcilié.

Et pour promouvoir ces intérêts, notamment ceux libyens, un "mal nécessaire" serait de loger gracieusement, Ibrahim Ag Bahanga le désormais ex-criminel, le Slobodan Milozevitch malien. Pourvu que cela dure !


 

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