Soumaïla Cissé convoque un congrès extraordinaire
jeudi 21 août 2008 par Issa Fakaba SISSOKO
Dans notre livraison n° 495 du lundi 18 août dernier, sous le titre « Crise au sommet de l’URD : médiation infructueuse entre les frères Touré », nous évoquions l’échec des négociations de réconciliation, jusque dans la soirée du samedi, entreprises par le parrain du parti entre le président Younoussi Touré et son 2ème vice-président Oumar Ibrahim Touré, ministre de la santé.
De sources généralement bien informées et très proches du directoire du parti, nous apprenons que jusque tard dans la soirée du samedi, l’offensive de réconciliation initiée, une fois de plus, par Soumaïla Cissé (en mission à Ouagadougou à la tête de la Commission de l’UEMOA) en vue de recoller les morceaux après la veillée d’armes entre les deux barons, s’était soldée par un échec des plus cinglants. Du coup, précisions-nous dans ledit article, entre le numéro un de la formation politique et son actuel ministre de la santé, la paix des braves n’est nullement pour demain.
Aux dernières nouvelles, nous apprenons que le ciel s’est plutôt dégagé suite aux pourparlers entrepris avec la participation des députés du parti. Selon notre source, les rencontres de réconciliation entre les deux hommes ont permis d’aplanir les différends et de signer une paix des braves. « Visiblement tout semble rentrer dans l’ordre depuis dimanche », explique notre source.
Qui précise que si au cours des discussions, le président Younoussi Touré s’est dit victime innocente d’une guerre qui n’est pas la sienne, et qu’il fait régulièrement l’objet d’attaques frontales alors qu’il semble diriger le bateau URD en toute démocratie et en toute responsabilité, le ministre de la santé, lui, se dit mécontent de la gestion du parti.
Selon Oumar Ibrahim, cité par notre source, les décisions fondamentales issues du congrès d’avril dernier, notamment en ce qui concerne l’élection du nouveau bureau, ont été prises sans qu’il soit « consulté ». Bref, pour le 2ème vice-président de l’URD, qui a été reconduit à son poste à la faveur de cette assise, ce 2ème congrès ordinaire aura été celui des « trahisons » et du « diktat du clan Younoussi sur la volonté de la base ».
Soumaïla Cissé annonce son retour
Ainsi, après moult explications, l’intervention des députés et du parrain du parti, qui jouaient aux sapeurs-pompiers, ont permis de trouver un terrain d’entente entre les deux hommes.
Du moins en attendant la grande confrontation.
Mieux, il a été convenu de convoquer un congrès extraordinaire qui permettra de procéder à un diagnostic sans complaisance de la vie du parti, de faire l’état des lieux de son degré d’implantation actuel à travers pays, de définir les actions d’envergure à entreprendre en vue du renforcement de la formation politique sur l’échiquier national, de faire le bilan de la participation de la formation politique aux élections communales de 2009, et d’adopter enfin de nouvelles orientations pour la conquête du pouvoir en 2012.
Quand aura lieu ce prochain congrès ? Notre source est formelle. Selon elle, aucune date n’est encore officiellement fixée. Mais explique-t-elle, il ne peut survenir qu’après les élections communales de 2009. Si tel est le cas, on comprend alors aisément que cette assise extraordinaire coïncidera avec la fin du mandat de Soumaïla Cissé à la tête de la Commission de l’Union économique et monétaire des Etats de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA).
En clair, si l’on en croit notre interlocuteur, ce congrès consacrera le grand retour du parrain qui prendra désormais les commandes du parti. « La crise actuelle à l’URD est une guerre de leadership. Oumar Ibrahim ne jure que par la présidence du parti. Tout le bruit tourne autour de cela. Avec une telle option, il y a fort à craindre qu’il n’exige des primaires avec le candidat naturel du parti, Soumaïla Cissé, lors des élections de 2012. C’est pour cela que, sachant que bien que Younoussi n’a pas d’ambition présidentielle, Soumaïla Cissé a tout intérêt que l’actuel président reste aux commandes jusqu’à son arrivée » explique un analyste du jeu politique malien. A y regarder de près, cette thèse converge avec celle faite par les proches du camp Younoussi, qui estiment qu’avec un Oumar Ibrahim à la tête de l’URD, il faut craindre un risque énorme de cassure avant 2012.
Avec l’ambition de prétendre à la magistrature suprême via les couleurs de l’URD, on comprend alors aisément les agissements du ministre de la santé quand il disait ceci à la veille du congrès d’avril dernier : « Je suis candidat parce que j’estime que le parti pourrait être davantage mieux géré. Je suis candidat parce que je pense pouvoir apporter un nouveau souffle à l’URD.
Je suis candidat parce que j’entends redynamiser le parti et le positionner comme une véritable force politique, capable de ratisser très large lors des municipales de 2009 et de se positionner, pourquoi pas, comme étant la principale force politique du pays…Il est souhaitable que j’obtienne le soutien de Soumaïla Cissé. Mais avec ou sans son accord, je serai candidat ».
Il n’en fallait pas plus pour que les partisans des deux clans se lancent dans une guerre sans merci.
Entre les partisans du rajeunissement de la présidence du parti, avec l’arrivée du ministre de la santé, et ceux favorables au maintien de l’ancien Premier ministre, Younoussi Touré, le débat a fait rage et était le sujet de toutes les causeries.
Le congrès extraordinaire annoncé mettra-t-il fin à la guerre de leadership ? Rien n’est moins sûr.
Pour notre part, nous estimons que la présente crise entre les deux responsables du bureau national, les récentes démissions enregistrées dans la section de Kita en faveur du RPM, et surtout celle du président de la commission de contrôle de l’URD, sont autant de facteurs qui témoignent du grand malaise dans le parti. Pis, ils portent un coup dur au parti en cette veille des élections communales de 2009.
L’URD peut-elle ratisser large pendant ces échéances avec la guerre de leadership qui sévit entre les barons ?
Difficilement. Pis, au moment où les analystes les plus avertis donnent Soumaïla Cissé favori pour succéder au président ATT en 2012, (en tant 2ème force politique), les présentes velléités sacrifient les chances du candidat naturel du parti.
Issa Fakaba SISSOKO
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