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Soumaïla Cissé rattrapé par son passé

UNION POUR LA REPUBLIQUE ET LA DEMOCRATIE et la PRESIDENTIELLE DE 2012

mardi 20 mai 2008 par Abdoulaye Diakité

C’était quand les deux hommes étaient encore tous membres de la ruche. Ironie du sort, en tout cas c’est le même Soumaïla Cissé, aujourd’hui tout-puissant fondateur de l’URD, qui est en train de baliser le terrain pour être le candidat naturel du parti de la poignée de mains pour la présidentielle de 2012. Il le fait aujourd’hui à travers l’éviction de toutes les grosses pointures du parti qui ont le malheur de partager cette ambition. Deux poids deux mesures alors ?

Depuis la fin de la présidentielle de 2007, l’homme qui avait déserté son Ouagadougou pour venir appuyer ATT à cette élection, Soumaïla Cissé ne ménage aucun effort pour frayer son chemin de candidature naturelle de son parti, l’URD en vue des joutes présidentielles de 2012.

L’homme dont on dit secrètement qu’il est le probable dauphin du chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré, a, selon des indiscrétions, refusé un poste juteux que le FMI lui a proposé il y a seulement quelques semaines. Son intention étant d’être plus proche du pays afin de bien mener ses manœuvres présidentialistes de 2012. Ne dit-on pas loin des yeux, loin du cœur ? En tout cas c’est ce que Soumi semble avoir bien compris pour ne pas se laisser détourner par une question de poste au FMI, même juteux.

Cette ambition présidentialiste s’est déclenchée au sortir des élections législatives dernières, quand son parti, l’URD, s’est taillé une grosse part en se classant deuxième derrière l’ADEMA, avec environ une trentaine de députés. Mais c’est surtout les adhésions massives depuis un certain temps, caractérisées par le ralliement de partis entiers comme le PMPS et des contingents de transfuges (venant du CNID FYT, du BDIA Faso Jigi etc.) qui ont donné du vent au parti, qui le font aujourd’hui saliver à propos de la succession d’ATT à Koulouba dans l’horizon 2012. De ce fait, puis qu’il sait désormais que la bataille pour Koulouba, en vue de 2012, est à la portée de son parti, l’homme travaille aujourd’hui à manager ses hommes pour devenir le candidat naturel. De ce fait, celui qui n’aime pas voir une autre pointure du parti partager la même ambition présidentialiste que lui dans la perspective de 2012, bouleverse tout sur son passage et livre de petites guerres feutrées avec certains cadres, qui ne semblent pas lui faire très allégeance.

Oumar Ibrahim Touré en sait quelque chose, lui qui a eu la témérité de déclarer par voie de presse sa candidature pour la présidence du parti, à quelques encablures de la tenue du congrès des 26 et 27 avril derniers. Il s’est fait rappeler d’abord à l’ordre par Soumi, lequel avait effectué à l’occasion un voyage à la catastrophe à Bamako. Il a donc, pendant ce séjour, forcé le deuxième vice-président du parti à renoncer à son ambition et à le diffuser dans la presse. Ce qui fut fait par Oumar Ibrahim Touré par formalité, puis qu’après tout cela, il continuait à multiplier les contacts avec les délégués du congrès, en se disant que c’est à eux que reviendra le dernier mot, surtout que plusieurs d’entre eux lui avaient accordé leur soutien. Tout devrait donc se jouer au congrès et Soumaïla le savait mieux que quiconque puis qu’il savait que malgré son pressing, le ministre Touré n’avait pas entièrement abandonné son ambition. Donc, il fallait coûte que coûte l’abattre au congrès pour lui montrer qu’il reste le seul maître à bord et qu’il sache que ses déclarations selon lesquelles il briguerait la présidence du parti avec ou sans son accord n’étaient qu’une illusion qui ne pourrait se concrétiser tant que lui Soumi serait en activité politique. D’abord, dès l’ouverture des travaux du congrès, il tranchera la question de la présidence du parti en ces termes : « Je voudrais féliciter et encourager Younoussi Touré, le capitaine de cette équipe qui gagne depuis 5 ans. Qu’il en soit infiniment remercié, je lui renouvelle mon entière confiance… ». Des propos qui cadrent mal avec son statut de président d’honneur qui doit l’amener à être à équidistance avec tous les militants du parti. Mais, de ce statut M. Cissé n’en a cure, puisque sachant très bien qu’en laissant Oumar Ibrahim Touré faire, ce dernier une fois devenu président du parti, pourrait nourrir les mêmes ambitions que lui, à savoir être candidat en 2012 pour la présidentielle. C’est pour quoi il a travaillé à l’affaiblir au cours desdites assises, même si ce dernier par coup de chance a pu se voir maintenir à sa place habituelle, de deuxième vice-président du parti. On disait, dans les coulisses du congrès, que tout délégué que Soumi savait avoir un penchant pour Oumar Ibrahim Touré était regardé de travers. Son coup, il l’a réussi au sortir de ce congrès, ayant réussi à maintenir à la tête du parti celui qui peut lui garantir sa candidature naturelle pour la présidentielle de 2012.

Il a trouvé ce béni oui-oui en la personne du président sortant, Younoussi Touré, qui ne nourrit encore aucune ambition politique et préfère se contenter des fauteuils d’honneur. Mais Oumar Ibrahim Touré n’est pas la seule victime de la candidature naturelle de Soumaïla Cissé, pour avoir porté ombrage à Soumi par son ambition : il faut citer aussi le cas de l’actuel chef de cabinet du Premier Ministre Modibo Sidibé, Alou Sow, qui, par le fait de côtoyer un PM à qui on prête une ambition pour la succession d’ATT, se verra chasser non seulement de son poste de secrétaire général adjoint, mais de toute l’instance dirigeante du parti.

Le poste de secrétaire général sera même enlevé à Salikou Sanogo, l’enfant du Kénédougou, pour être confié à un fidèle parmi les fidèles, Lassana Koné, malgré ses obligations de patron des entrepôts maliens au Togo. Quant à Salikou, précédemment secrétaire général, il s’est vu confier une pauvre sixième vice-présidence. Comme on peut le constater, rien n’est négligé pour balayer le chemin du candidat naturel du parti pour 2012. Pourtant, cette candidature naturelle a été bel et bien combattue par le même homme en 2002, quand il était encore dans la Ruche. En effet, en 2002 quand le président de l’ADEMA PASJ à l’époque, Ibrahim Boubacar Keïta, avait démissionné de ses charges de Premier Ministre pour se consacrer aux préparatifs de sa candidature pour la présidentielle, c’est le même Soumaïla Cissé, appuyé par quelques-uns de ses sbires se faisant appeler le clan de la CMDT, qui avait, au nom de ce qu’il appelait la rénovation, opposé un niet catégorique à ce principe.

Il poussera d’ailleurs la surenchère, en complicité, dit-on, avec le président Alpha Oumar Konaré qui cherchait à balkaniser le parti, jusqu’à faire démissionner IBK du parti, lequel ira fonder son RPM. Par cette prouesse, l’homme croyait avoir fait le plus dur, mais s’était sans compter avec les dribbles du président Konaré, qui n’hésitera pas à mettre à ses trousses d’autres figures comme Mandé Sidibé, Soumeylou Boubèye Maïga, Mohamed El Madani Diallo, et autre Ibrahima N’Diaye di Iba.

La bataille va occasionner l’organisation de primaires, les première dans l’histoire du Mali démocratique et qui ont disqualifié Mandé Sidibé et Mohamed El Madani Diallo, puis la convention, où au finish Soumaïla Cissé finira par l’emporter au détriment de son challenger Soumeylou Boubèye Maïga, lequel l’accusera d’avoir fait usage de billets de banque pour « acheter des consciences ». Du reste, les deux premiers disqualifiés de la compétition ne démordront pas et vont introduire des candidatures dissidentes à la présidentielle, tandis que le troisième donnera des consignes de vote pour un autre candidat différent de celui du parti. C’est dans cette atmosphère délétère que les élections vont se dérouler avec un soutien du bout des lèvres du président Konaré au candidat de son parti. En se sentant abandonné à son sort, Soumaïla Cissé va crier à la trahison notamment de la part du président Konaré, dont l’appui n’était pas à la hauteur des attentes. Néanmoins, il fera le second tour, où il sera battu à plate couture par l’actuel chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré. N’ayant pas pu avaler cette couleuvre, il claquera la porte du PASJ en 2003 pour aller fonder l’Union pour la République et la Démocratie (URD).

Aujourd’hui, devenu omnipotent au sein de ce parti, c’est le même homme qui cherche à prôner ce qu’il a combattu hier, à savoir la candidature naturelle.

Si en 2002, il soutenait que la candidature naturelle est anti-démocratique, pour 2012, il est prêt à mettre cette approche au placard pourvu qu’il réalise l’ambition présidentielle qui le hante tant.

Mais Soumaïla Cissé doit se dire que si sa candidature naturelle peut passer au sein de son parti, il lui sera difficile de devenir président de la République du Mali. Alpha Oumar Konaré, qu’il accusait de tous les péchés d’Israël au sortir de la présidentielle de 2002 ne serait pas prêt à lui pardonner.

Ce dernier qui est un véritable manœuvrier, disait qu’il ne sera jamais ce politicien à la retraite, et qu’après un mandat à la tête de l’UA, lui et sa femme rentreront au Mali pour régler leurs comptes avec certains de leurs détracteurs, dont ils seraient victimes d’accusations infondées.

Sans les avoir nommés, Alpha sait à qui il aura à faire et ses détracteurs savent désormais ce qui les attend.


 

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