Troubles à Bouaké
samedi 30 août 2008 par Sory Haïdara
‘’Les Ivoiriens, tout comme les Américains, aiment se faire peur’’.
Ce sont des choses qui arrivent, se rassurait- on du côté des délégués africains. Mais ce que nous ne savions pas, c’est que le constat de la disparition des armes avait été fait dix jours plutôt et certifié par des éléments de la gendarmerie nationale dépêchés sur les lieux par la hiérarchie des Forces de défense et de sécurité (FDS) du Général Philipe Mangou.
Il laissait croire que des quidams étaient venus de la broussaille environnant la poudrière et auraient eu accès à l’intérieur du camp au moyen d’une échelle. Heureusement, toujours selon ledit rapport de constat, ce camp cédé par la Garde républicaine au service en charge du désarmement des forces loyalistes ne contenait que des armes ‘’arrachées’’ aux loyalistes dans le cadre de leur désarmement et leur réintégration dans leur corps d’origine.
Dieu merci, ce n’était donc pas la poudrière en tant que telle qui avait été attaquée mais celle de la structure chargée du désarmement qui a reçu la visite des malfrats qui y ont dérobé quelques fusils.
Le lendemain jeudi, c’est-à-dire 24 heures après et au moment même où les régulateurs africains en conclave à la Fondation Félix Houphouët Boigny achevaient les travaux du Colloque, la seconde information tombait, inattendue : les soldats démobilisés des FAFN (Les Forces armées des Forces nouvelles) battaient le pavé dans la capitale de la vallée du Bandama. Entendez Bouaké.
En occupant les rues et en bouchant les corridors nord et sud, le soldat Diaby et ses camarades, selon leur propre terme, exigent de l’Etat de Côte d’Ivoire le paiement d’indemnités de départ fixées à 5 millions de FCFA par élément, soit 130 milliards.
Du coup, notre projet de visite sur le site et dans le Quartier général des Forces nouvelles tombait à l’eau. Une douche froide que nous compenserons de la visite du palais présidentiel de Yakro et de la Basilique Notre Dame de la Paix. Des prières, Dieu seul sait qu’il en a eu. Des voeux relatifs à la cherté de la vie ou à la stabilité politique dans nos Etats. Curieuse ville, partout et à l’unanimité dans le monde de communicateurs présents, c’est l’esprit de Houphouët qui flotte et s’impose. A commencer par la Fondation portant son nom qu’il a lui-même bâtie au sein de la majestueuse basilique et encore, et encore…jusqu’aux larges boulevards qu’on ne rencontre nulle part au monde. La preuve irréfutable de la présence parmi les siens du Grand bélier se vit au quotidien. La plupart des sonneries de téléphones cellulaires tonne le même refrain. Il s’agit d’un extrait d’une chanson populaire devenue incontournable pas seulement à Yamoussoukro mais un peu partout en Côte d’Ivoire : ‘’Soyez béni Dia Houphouët Bobigny…’’
Dans la soirée de ce jeudi-là, peu après la cérémonie de clôture des travaux du colloque, le ministre de la Réconciliation Nationale et des Relations avec les Institutions, Dano Djédjé à notre interpellation sur la situation à Bouaké ne dira pas plus que ce que les mutins eux-mêmes revendiquent. Mais de là à proférer des insanités à l’adresse du ‘’grand boss’’, les soldats démobilisés sont allés trop loin aux yeux des Ivoiriens et la réaction ne se fit point attendre. Commandé par le général Soumaïla Bagayogo, l’état-major général des FAFN, sur instruction du PM, réagira en convoquant un Conseil militaire sans doute extraordinaire des FAFN après investigations sur le terrain. Samedi soir, pendant qu’à Bouaké les insurgés concoctaient leur plan de bataille consistant à revenir de nouveau dans la rue, Soro Guillaume Kigbafori préoccupé mais très serein, nous invitait à un gala au Cristal à Treichville. Le PM mangea, but et chanta avec nous sous l’œil amusé de la ravissante Aïcha Koné. La sérénité dont il fit preuve sous nos yeux ne semblait nullement feinte.
Déjà vendredi, dans le feu de l’action - on le saura plus tard - le général Bagayogo et ses lieutenants s’étaient réunis à Bouaké avec un seul mot sur la langue : la pagaille des démobilisés. Etaient également présents à ce conseil extraordinaire de crise le général Michel Gueu, chef de Cabinet militaire de Soro, les cinq grands commandements et les Com zones des 10 régions militaires.
Selon des sources proches des FAFN interrogées par nos soins lundi à Abidjan, à l’entame de la rencontre, le chef des FAFN informa le conseil des troubles que Bouaké a connus lundi 18 et jeudi 21 août. S’étonnant de la revendication selon laquelle, les soldats démobilisés exigeaient le paiement de 5 millions par personne, soit 130 milliards de FCFA, chose que l’état de Côte d’ivoire ne peut se permettre dans la situation de difficultés que connaît le pays.
Au passage, il rappellera tout ce qui a été fait ainsi que l’idéal de leur engagement au prix de leur vie : l’obtention d’une carte d’identité nationale, la réaffirmation de la dignité des citoyens ivoiriens, leur droit à vivre sur le territoire ivoirien, des élections démocratiques libres, transparentes, ouvertes à tous et la sécurité pour tous…. Le général, jurant sur l’honneur de l’officier supérieur, dira qu’il n’a jamais été question pour les FAFN de mettre au devant de leurs préoccupations la question pécuniaire et matérielle. Mieux, il dira aux officiers réunis autour de lui que des investigations minutieuses ont établi qu’une subversion couve sous les troubles à répétition et dont l’objectif est la prise du contrôle de Bouaké, Man, Touba et à terme toute la zone sous contrôle des Forces nouvelles.
En conclusion, le conseil a estimé que lesdites revendications sont inexplicables et inacceptables. Aussi, a-t-il décidé d’interdire toutes manifestations à Bouaké jusqu’à nouvel ordre sans doute.
Troubles sur fond de déstabilisation de l’ancien aide de camp d’Alassane Dramane Ouattara, le sergent chef Ibrahim Coulibaly dit IB est indexé de nouveau. Soro Guillaume dont on voyait le fauteuil en dérive reprend le contrôle de la situation, au grand bonheur des populations de Bouaké qui se proposaient d’organiser une giga marche de soutien en sa faveur ainsi qu’à Woodie de Mama, Laurent Gbagbo. L’éléphant barrit et affole forêt et savane, les troubles de Bouaké ne sont pas les seuls mobiles, il y a aussi la tenue de l’élection présidentielle au 30 novembre.
Ce ne serait pas possible, affirme-t-on dans plusieurs chapelles politiques. Pour tout dire, les Ivoiriens et à commencer par des responsables politiques, dont Francis Wodiè, que nous avons rencontré à Yamoussoukro, et qui a bien voulu accorder à votre bi-hebdo préféré une interview, n’y croit vraiment plus. Même s’il reste de ceux qui croient à la nécessité d’une élection le plus rapidement possible. Mais que non ! Zueba, l’ancien président, Aimé Henri Konan Bédié, renversé le 24 décembre 1999 par un coup d’Etat dirigé par le général Robert Guéï, travaille à la tenue à cette date de la présidentielle. Il croit en ses chances.
C’est son temps qui revient soutiennent ses affidés et c’est sans doute la raison pour laquelle il n’a pas hésité de donner le coup d’envoi de son périple de la vallée de Bandama par Sakassou, au moment où le doute envahissait les esprits suite à la révolte des anciens sans grade.


