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Une Imposture d’Etat ?

Processus de décentralisation

mardi 15 juillet 2008 par Bakary Camara

Le violent séisme politique qui s’est emparé du pays en mars 91 a provoqué la chute brutale et soudaine de la deuxième république et conduit à l’instauration de ce qu’il a été convenu d’appeler à l’époque la « démocratie participative et multipartisane ».

En effet, dès sa prise du pouvoir, le nouvel organe transitoire incarné par le comité de transition pour le salut du peuple (CTSP) s’est aussitôt préoccupé à jeter les fondements d’une grande réforme administrative, dont la décentralisation constituait le principal enjeu. Sans pour autant nier qu’un embryon de décentralisation était déjà perceptible sous le régime déchu .Cependant la philosophie qu’elle incarnait était manifestement incompatible avec l’existence d’un parti unique. Et pour cause, l’immersion des responsables locaux du parti dans les structures décentralisées recréait du coup la centralisation, qu’elle était pourtant censée combattre.

C’est pour cela que la troisième république qui lui a succédé et dont les bases étaient déjà fragilisées par une multiplication de problèmes à l’échelle du pays - rébellion touarègue, contestations corporatistes, frondes estudiantines parfois violentes, revendications paysannes - en fit du coup un de ses objectifs prioritaires pour la résolution de certains de ses problèmes, mais plus sûrement aussi pour consolider idéologiquement son assisse politique.

En affichant ainsi clairement sa rupture avec les régimes précédents jugés prédateurs et totalitaires par son aile radicale, ce nouveau pouvoir dirigé par ALPHA OUMAR KONARE, se donna alors pour mission de réaliser ce partage équitable des biens et richesses de la nation entre tous ses fils, au nom de la solidarité et de la justice sociale. Mythe ou réalité ?

Les enjeux multiples.

En tout état de cause, la décentralisation sera présentée dans ce contexte comme étant d’ailleurs cet instrument idéal de concrétisation de cette politique dans une perspective de redistribution du pouvoir .Le président Konaré connu et apprécié surtout pour ses grandes envolées lyriques ou révolutionnaires, le présentera même dans un de ses discours comme « la nouvelle indépendance du Mali ». Une jolie formule, s’il en est .Mais il est évident qu’entre cette démonstration de beaux principes et la réalité sociale ambiante, il existe encore de nombreuses interrogations tant sur la pertinence et la permanence des multiples enjeux . Ce sont entre autres des enjeux financiers, l’absence criarde de ressources humaines, le déficit chronique de communication de façon plus générale mais en particulier celui des populations rurales et enfin l’inquiétante et épineuse question foncière. Ce nouveau pouvoir insistera également sur le fait que s’il a existé des tentatives de décentralisation par le passé, cette nouvelle réforme dirigée par de nouveaux « magiciens » sera différente des formes antérieures, puisqu’elle instaure le pouvoir de contrôle et de sanction sur les administrateurs grâce au système électif.

C’est dans ces conditions que l’on procédera en 1996 à une première réorganisation territoriale qui va donner naissance aux 701 communes urbaines et rurales du Mali. Les maîtres d’œuvre ou architectes de cette opération (qui connaîtront par la suite une gloriole de pacotille) n’ont jamais compris que pour l’adaptation des formes d’administration étrangères au Mali, il était possible d’imaginer des formes juridiques d’administration locale qui, tout en préservant l’unité du pays, seraient davantage adaptées à chaque particularité locale

Des défis énormes

Il faut bien reconnaître que, par delà l’enthousiasme qu’elle aura suscitée, la vraie question demeure encore la pérennité et l’avenir même d’un tel processus comme la viabilité des communes qui se heurtent déjà en maints endroits du pays à d’énormes contraintes de survie. Sur le plan des ressources humaines, les nouvelles communes seraient confrontées à d’énormes difficultés car si la philosophie de la réforme repose sur le retour au terroir, il est indéniable que l’exercice du pouvoir requiert aussi des aptitudes techniques adéquates et des moyens financiers conséquents pour répondre aux grandes attentes des populations que peu d’entités territoriales décentralisées seraient en mesure de tenir.

Ce découpage du pays exigeait des populations analphabètes pour le plus grand nombre, le respect de plusieurs critères dont les cinq principaux sont : les critères socioculturels, les critères démographiques, ceux d’accessibilité pour les chefs-lieux de commune, les critères de viabilité économique et les critères géographiques et spatiaux.

Malgré le libre choix des populations décrété par la loi fondamentale, le processus ne sait jamais déroulé sans heurts pour ne pas dire qu’elle reste encore très explosive dans de nombreuses localités du pays, comme c’est notamment le cas du pays mandingue où il se pose depuis le début de cette autre longue marche, cette lancinante question qui consiste à savoir si ces populations flouées et frustrées par ces critères « gravés dans du marbre » sont encore prêtes à assumer leur sort en s’identifiant réellement au processus « un flou artistique » pour se l’approprier, afin d’en devenir de véritables acteurs ? Et cela pour plusieurs raisons.

En effet, il existe chez les malinkés un système de gérontocratie qui reste toujours synonyme de détention de pouvoir et de savoir. Au niveau du village, les aînés sont les premiers responsables de la gestion des hommes et des biens .Les cadets, jeunes, et femmes sont davantage des exécutants et n’ont guère droit à la parole. Parallèlement à cela il existe une autre division sociale.

C’est celle qui divise la société en une caste supérieure et en castes inférieures. Cette hiérarchisation qui remonte dit-on à la grande épopée de Soundiata reste toujours très vivace et vivante dans cette région éminemment chargée d’histoire.

Pour les mandingues, le pouvoir, l’administration du village, de ses terres doivent revenir naturellement aux horonw (nobles) En se plaçant aujourd’hui dans une logique de la démocratie occidentale, le pouvoir traditionnel est de nature rétrograde et archaïque. Les hommes ne sont pas choisis selon leur mérite ou militantisme au sein d’une formation politique mais plutôt selon leur naissance leur origine. On naît horon Nyamakala, femme et on le demeure à vie.

Les concepteurs officiels de cette réforme aventureuse, et qui connaissaient à peine cette grande épopée ont-ils pris en compte cette spécificité mandingue ? Bien sûr que non ! Pour ceux-ci, les idéaux de la révolution démocratique de Mars 91(la fin de l’histoire selon quelques uns de ses principaux acteurs) dont la décentralisation est le fruit veut justement lutter, bannir cette vision quelque peu passéiste et grossièrement conservatrice du passé. Une belle illusion de façade tout comme l’est aussi d’ailleurs, cette idéologie morbide, désespérée de la rédemption par le mouvement NKO, car si j’admire réellement cette confrérie pour son alphabet, je récuse fondamentalement son pedigree qui fait du manden, le nombril de la terre.

Décentralisation et recolonisation de nouvelles terres

Dans la loi fondamentale du Mali, il est clairement écrit que la terre appartient à l’Etat. Ceci laisse donc supposer qu’à l’avenir la gestion foncière des communes pourrait vite échapper au contrôle et à la mainmise des chefferies locales et des ‘’dugukolotigui’’ (propriétaires de la terre). Devant cette perspective pour le moins inquiétante, de nombreux villageois ont déjà pris les devants (en attendant bien évidemment ce transfert effectif et concret des compétences aux nouvelles communes) en y vendant simplement leurs terres à ces « fermiers » du dimanche venus de la capitale. Dans certains villages du pays, cette situation de spoliation est même en passe de frôler la catastrophe.

Quid du bornage des communes ? Silence !

Naturellement personne n’est encore prêt à ouvrir cette nouvelle boîte de pandore.


 

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