Une démocratie sur fond de laxisme
jeudi 27 mars 2008 par Tiémoko TRAORE
Chaque année, le 26 mars est un jour férié afin de permettre aux uns et aux autres de méditer sur cet événement et de se souvenir de ceux-là qui ont accepté l’ultime sacrifice pour l’effectivité de la démocratie. Ces morts sont-ils morts utilement ? En tout cas, dix sept ans après cette insurrection meurtrière, on se demande encore si les attentes du peuple ont été comblées.
Le 26 mars 1991 marque un tournant décisif dans l’histoire contemporaine du Mali, C’est à partir de cette date que le peuple malien a accédé à la démocratie pluraliste à travers un soulèvement populaire qui a permis de renverser, le pouvoir dictatorial du général Moussa Traoré.
Cette ouverture démocratique intervenue au prix d’énormes sacrifices humains, exige de l’ensemble du peuple malien et, en premier lieu, des autorités à travailler d’arrache-pied à relever les nombreux défis auxquels les populations sont confrontées. A cet effet, un canevas a été tracé lors de la conférence nationale. Mais dix-sept ans après, le constat est amer ; puisque les espoirs sont déçus et presque dans tous les domaines.
Aujourd’hui, il est difficile de soutenir qu’il y a plus de justice sociale, de sécurité, que les problèmes d’emploi’ des jeunes sont résolus et que les prix des denrées de première nécessité sont abordables. L’école est la gangrène de : notre processus démocratique, Par rapport à ce dernier aspect, la situation est inquiétante. C’est l’impasse.
Au regard de tous ces constats, il ne fait aucun doute que notre démocratie est aujourd’hui à la croisée des chemins. Cela d’autant plus que les autorités continuent à privatiser les sociétés et entreprises d’Etat sous la pression des partenaires au développement. Consécutivement à ces privatisations, plusieurs chefs de familles sont jetés à la rue. Parmi eux, rares sont ceux qui parviennent à se réinsérer professionnellement. D’où la multiplication du nombre de chômeurs.
Dix sept ans après l’ouverture démocratique au Mali, certains acquis sont en train d’être compromis. Les partis politiques, au lieu de se consolider, de pérenniser leur cohésion, se désagrègent plutôt. On assiste à l’effritement continu de la confiance entre les acteurs politiques et les électeurs.
Une grande faiblesse de notre processus électoral est la très faible participation des populations aux différents scrutins. Cette situation qui ne cesse d’être décriée ces dernières années par les acteurs politiques, les représentants de la société civile et les autorités du pays, fait l’objet d’interpellations des acteurs politiques qui ont de plus en plus mal à jouer pleinement leur rôle, leurs missions d’informations, d’éducation, de formation, de sensibilisation mais aussi de mobilisation des électeurs vers les urnes. Face à tous ces problèmes qui s’ajoutent à l’effritement de l’autorité de l’Etat, on déduit que les engagements pris lors de la conférence nationale n’ont pas été honorés. La démocratie malienne marche sur fond de laxisme.
Le sursaut récent des autorités du pays, notamment du président de la République et du Premier ministre est révélateur de ce laxisme à tous les niveaux.
En effet, la situation scolaire, l’insécurité et la hausse permanente des prix des denrées de première nécessité défraient aujourd’hui la chronique. Il est temps de procéder à un diagnostic sans complaisance de toutes les questions brûlantes de l’heure et de dégager des solutions appropriées, afin de donner plus de chance de prospérer au processus démocratique pour le bonheur de l’ensemble de la population.
La réflexion engagée sur le processus démocratique au Mali n’aura de sens que lorsqu’elle permet de trouver des solutions idoines à tous ces problèmes qui entravent la marche du processus démocratique.
La déception est grande dans le camp de certains acteurs qui s’attendaient à un partage de gâteaux. Au lieu de dénoncer haut et fort les dérives et les manquements constatés, certains acteurs ont choisi l’arme de la déstabilisation.
La réconciliation entamée n’a pas été vue d’un bon œil par tous. Même si des efforts ont été fait par les présidents Alpha Oumar Konaré et Amadou Toumani Touré, plusieurs observateurs pensent que les attentes non pas été comblées. Il faut reconnaître que le changement de comportement attendu des Maliens n’a pas suivi.
La violence et le laxisme ont eu droit de cité. Pourtant, cette démocratie citée en exemple de part le monde a besoin pour sa consolidation d’un sursaut d’orgueil de tous les fils du Mali. Le changement de comportement demandé est de se mettre au travail aux côtés des responsables.
Dénonçons dans le respect de l’autre le laxisme, exigeons des autorités la fermeté, la sévérité pour qu’on ne ternisse pas l’image de cette démocratie acquise dans la douleur. Dix sept après, les Maliens sont, disent-ils, restés sur leur faim.


