Une institution de micro finance qui conduit en prison
vendredi 10 octobre 2008 par Abdoul Karim Maïga
Pour attirer la clientèle, les caisses de proximité lancent des messages publicitaires qui laissent croire qu’elles sont exemptes de tout reproche. Mais à l’analyse de leur gestion, on s’aperçoit facilement de leur manque de professionnalisme. En effet, à la 3e session de la Cour d’Assises en transport à Ségou, au nombre des affaires d’atteinte aux biens publics enrôlées, deux portaient sur des détournements au préjudice de Kafo Jiginew. Essentiellement présente en zone CMDT, la caisse Kafo Jiginew dont la Direction Générale est en passe de déménager de Koutiala à Bamako doit, si elle veut être à l’abri d’éventuels détournements, se remettre en cause et repartir sur de nouvelles bases de gestion.
En effet, à la première audience, Kafo reprochait le détournement de 74 millions huit cent mille FCFA aux dirigeants de la caisse de Banko (cercle de Fana) d’alors, un coup qui avait pour cerveau, Issa Traoré, le gérant. Pour ce cas précis, loin d’avoir la prétention d’encourager quiconque à spolier les caisses publiques ou parapubliques, un constat de taille s’impose cependant. Comment comprendre qu’au niveau de cette caisse, à l’exception d’une seule personne, aucun des dirigeants n’a le niveau du fondamental ? Sans daigner réfléchir sur les conséquences que cela peut engendrer, Kafo Jiginew confie la gestion de plusieurs millions de nos francs à des personnes qui n’ont pas la compétence requise.
Du côté du Kafo, ils seront tentés de nous dire que nos affirmations sont sans fondement, dans la mesure où les documents sont établis en « Balikukalan » ou que ces dirigeants reçoivent des formations. Des explications qui ne tiennent pas certainement, à moins de refuser de reconnaître que la comptabilité ne peut pas s’apprendre en quelques jours. En effet, le minimum requis pour en connaître les rudiments est de deux ans. Ils sont là, les diplômés de la comptabilité un peu partout à travers le Mali, aptes à servir. Ils n’attendent qu’à être déployés pour faire valoir leur talent. Malheureusement, la cupidité de l’institution de M. Alou Sidibé fera qu’ils devront encore attendre. Et l’attente sera longue, tant que Kafo peut s’attacher les services d’analphabètes qui n’hésitent pas à s’embarquer dans le bateau du bénévolat. Il est aberrant que Kafo Jiginew prône ce système endant que ses responsables, sur d’autres cieux, vivent dans la bombance.
L’argent n’aime pas le bénévolat.
C’est pourquoi dans les banques ou autres institutions de micro-finance crédibles, en plus du salaire, des primes sont attribuées aux travailleurs dans le seul dessein que ceux-ci arrivent à se passer des deniers publics. Par ailleurs, dans l’affaire Ministère Public contre Abou Dramane Coulibaly (en fuite), Martine Dembélé, Béatrice Berthé, Chaka Coulibaly et Souleymane Sanogo, accusés d’abus de confiance aggravé, fraude informatique et complicité, on constate aisément que la lourdeur des chefs d’accusation permet de comprendre une dose de laxisme à Kafo Jiginew. Et d’ailleurs, soit dit en passant, la fuite de l’auteur principal, Abou Dramane Coulibaly a fait le bonheur de certains hauts responsables à Kafo qui seraient ses premiers complices. A Abou Dramane Coulibaly et à ses coaccusés, il est reproché le détournement de 171.334.183FCFA.
Ce qu’il faut savoir, c’est qu’Abou Dramane Coulibaly, qui apparaît aujourd’hui comme un malpropre, était pourtant dans les bonnes grâces du Directeur général, Alou Sidibé pour avoir été concomitamment Inspecteur général, chef du personnel et chef informaticien à la Direction générale de Kafo. Avec ce triple statut, il est parvenu à embarquer tous les autres avec lui pour réussir sa sale besogne. Aujourd’hui, Abou Dramane n’est plus là pour répondre de ces actes. Ainsi, ses coaccusés doivent payer pour leur participation à ses côtés, même si ceux-ci ont expliqué sans convaincre la Cour, l’emprise que l’homme avait à Kafo.
Somme toute, un adage bien célèbre ne dit-il pas que « celui qui veut se débarrasser de son chien l’accuse de rage ». C’est tout simplement pour dire à Kafo de bien jouer sa partition. L’on ne peut pas engager des chefs de famille dans l’argent, refuser de les payer et penser à une saine gestion. Cela relève de l’utopie. A quoi bon de foutre nos infortunés de frères de campagne là dans et s’empresser d’envoyer l’Inspecteur Fomba pour aller défendre une certaine cause dans un latin confus. L’important ce n’est pas seulement de présenter à chaque assemblée générale un tableau propre. La primauté doit être aussi accordée à la remise en cause de la gestion interne de l’institution.
Sans quoi, à cette allure, et par refus de corriger son laxisme et sa cupidité, Kafo Jiginew remplira les maisons d’arrêt que la Cour d’Appel de Bamako essaie de désengorger par la régularité des sessions d’assises.
Abdoul Karim Maïga
Articles de cet auteur
- Le département de la Sécurité Intérieure et l’Association des jeunes ressortissants du cercle de Nara (AJRCNA) volent au secours des populations
- Un exercice fastidieux
- Que peut la Justice malienne face aux grands délinquants financiers ?
- Le manque de professionnalisme à l’origine du calvaire des usagers
- Ce que doit réussir l’équipe de Salikou Sanogo
- [...]


