Vers un nouvel éclatement sous les yeux d’Alpha
samedi 19 avril 2008 par Ibrahima KOÏTA
A chacun sa légitimité Parler de la reconstitution de la grande famille ADEMA, c’est envisager le choc des légitimités. D’abord celle du président sortant, ATT : pas peut-être pour lui-même, puisque cette fois les textes le disqualifient de vrai pour un troisième mandat, mais pour son droit légitime à désigner son dauphin ou de s’opposer à un dauphin venu d’ailleurs et qui ne lui conviendrait pas.
Les autres présidents, à travers le monde entier, le font bien. Alpha a écarté le dauphin « naturel » IBK et il a bénéficié à l’époque d’un immense soutien ! D’autre part, ATT est de la famille rouge et blanc, à en croire le président Dioncounda, qui assure qu’Amadou avait la « carte rose » (celle des militants de la première heure).
Soumeylou peut revendiquer d’avoir toujours défendu les intérêts du parti, même quand il se présentait contre son candidat ATT, un candidat qui se déclarait ouvertement « indépendant » et était soutenu par le Mouvement citoyen. Argument imparable, d’autant plus que Soumeylou, vrai démocrate, s’était officiellement écarté de la course à la présidence en 2002 au profit de Soumaïla, en respectant les résultats des primaires. On comprend pourquoi il revient la tête haute, sans raser les murs comme d’autres, qui s’étaient comportés en pantins à la présidentielle de 2002 ou qui avaient quitté IBK parce qu’ils étaient las d’attendre d’être nommés ministres.
Qui est plus fier d’être ADEMA que le fondateur malgré lui de l’URD, Soumaïla Cissé, qui, après son investiture comme candidat du parti à la présidentielle de 2002, a déclaré que l’ADEMA est une jolie femme qui avait plusieurs amants alors qu’il en était le mari ? Mais il a peut-être oublié qu’à un moment, favori tout-puissant du clan CMDT, il avait fait la cour à celle qui était alors la fiancée du dauphin naturel, écartant ce dernier sans ménagement. Alpha, l’auteur du chamboulement général de l’ordre au sein du jeune parti (l’ADEMA), est-il prêt à revenir à la case départ et à remettre le prince déchu sur son trône ? Ce serait bien la solution à la longue discorde qui a paralysé le parti de l’Abeille, synonyme du retour d’IBK, de son investiture en 2012, et, évidemment, de la disparition du RPM. Soumaïla se mettrait alors sur les rangs, sans avoir à attendre 10 ans, à cause de l’âge d’IBK. En 2017, après avoir enterré l’URD (qui n’est pas le parti de la poignée de mains, mais celui de l’union du Nord blanc et du Sud noir, à bien lire le logo), il serait enfin présenté par l’ADEMA pour Koulouba.
Dioncounda sur la brèche
Les nombreux cadres qu’il a pris à ce parti feront avec lui leur grand retour et il faudra loger en même temps les transfuges des autres partis. C’est seulement alors, en 2027, après ses deux mandats, qu’il pourra passer le témoin à Dioncounda, soupçonné par beaucoup d’observateurs de vouloir se présenter dès 2012, pour recueillir les fruits de sa lutte pour l’investiture du « camarade Amadou » aux dernières élections. Est-ce acceptable pour l’actuel président du CE de l’ADEMA ? Ce dernier a démontré sa redoutable capacité manœuvrière lors de la mise en place du bureau de l’Assemblée nationale et à l’occasion de l’élection législative de 2007. Dans le premier cas, il a mis à la touche les grands ténors d’Espoir 2002, devenus simples membres, et dans le second cas, il sauvé le RPM d’un désastre, en empêchant, par l’appui de l’ADEMA, le jeune Mara, un sans parti, de battre IBK en Commune IV. Est-il possible d’écarter Dioncounda de la course à l’investiture du parti ?
Il semble plus raisonnable de considérer que les choses resteront en l’état, avec la poursuite de l’offensive victorieuse de l’ADEMA et le dépérissement du RPM.


